Un lundi de juin, au Fitness Park des Bourroches. Un gars que je coache depuis huit mois pose son téléphone sur le rack : « Coach, je m'inscris au Mont'Af. Tu me prépares ? » Il court depuis un an et demi, son plus long c'est un 15 km sur route, et il me parle du « format court ».
Je lui ai dit non deux fois. La première parce qu'il n'est pas prêt. La deuxième parce que le format court dont il me parlait n'existe pas.
Le malentendu qu'il faut tuer tout de suite
L'Ultra Trail du Mont'Af, c'est une seule distance : 100 km et environ 4 000 m de dénivelé positif. En solo ou en relais à 2 ou à 4 — mais l'équipe avale les mêmes 100 km. Pas de 20 km, pas de « format découverte ».
La confusion vient du parcours, construit en quatre boucles distinctes qui partent et reviennent toutes à la salle Eiffel, à Corcelles-les-Monts. Ce n'est pas un menu au choix : les quatre s'enchaînent, dans cet ordre, et le chrono ne s'arrête jamais entre deux boucles. La vraie carte, telle qu'elle figure au règlement officiel 2026 (relevé le 15 août 2026) :
| Boucle | Distance | D+ | Barrière horaire |
|---|---|---|---|
| Boucle du Serpent | 20 km | 500 m | samedi 13h30 (3h30) |
| Boucle de Ouf | 30 km | 1 760 m | samedi 21h00 (7h30) |
| Boucle du Plateau | 22 km | 650 m | dimanche 1h30 (4h30) |
| Boucle des Combes | 29 km | 1 100 m | dimanche 8h00 (6h30) |
Additionne : 101 km et 4 010 m au règlement, l'affiche arrondit. Départ samedi 3 octobre 2026 à 10h00, dernière barrière dimanche 4 octobre à 8h00. Soit 22 heures, pas 24. Deuxième édition, organisée par le Dijon SingleTrack, 500 dossards, inscriptions jusqu'au 25 septembre à 17h et rien sur place.
La première édition, le 18 octobre 2025, avait fait le plein : 500 coureurs, 100 en solo et 400 en relais. Le 15 août 2026, il restait une place en solo sur la plateforme d'inscription, les deux formats relais étant complets avec liste d'attente. Si tu découvres l'épreuve ici, ta course c'est 2027. Ce qui tombe bien : c'est le temps qu'il te faut.
Le Mont Afrique n'est pas une montagne, et c'est le piège
600 mètres d'altitude, un sommet tabulaire et plat, à cinq kilomètres au sud-ouest de Dijon. Vu de la plaine, ça n'impressionne personne. Sauf que 4 000 m de D+, tu ne les prends pas en trois cols : tu les prends en dizaines de montées courtes et raides enchaînées, sur du calcaire. Et 4 000 m de D+, ça veut dire 4 000 m de D−. Ce sont tes quadriceps qui paieront, pas ton cardio.
Regarde la deuxième boucle : 1 760 m de D+ en 30 km, presque 60 mètres de montée par kilomètre. Tu l'attaques vers 13h sur des jambes déjà entamées, barrière à 21h. Or le soleil se couche à 19h14 ce samedi-là à Dijon et ne se relève que le dimanche à 7h43 : une bonne partie du peloton finira la Boucle de Ouf à la frontale, et les deux dernières boucles se courent intégralement de nuit.

Ce qui casse les gens sur un ultra, et ce n'est pas l'endurance
J'ai vu des coureurs très solides finir leur premier 100 km en marchant comme des canards, et des coureurs plus lents arriver presque frais. La différence n'est jamais le VO2 max, c'est la gestion.
1. Manger solide toutes les 30 à 45 minutes
Le Mont'Af se court en semi-autosuffisance. Sur les ravitaillements intermédiaires, c'est liquide uniquement : tu remplis tes flasques, rien d'autre. Le solide, tu ne le trouves qu'à la salle Eiffel, une fois par boucle, soit toutes les 20 à 30 km. Sur la Boucle de Ouf, ça veut dire partir cinq à sept heures avec tout ce que tu vas manger sur le dos.
La règle que je fais appliquer : 60 à 90 g de glucides par heure, dont au moins la moitié en solide, une prise toutes les 30 à 45 minutes, montre en main. Pas « quand j'ai faim » : quand tu as faim sur un ultra, il est trop tard. Ça se teste sur chaque sortie de plus de trois heures, jusqu'à savoir quel produit passe encore à la douzième heure. Ce n'est jamais le gel.
2. Les pieds
Première cause d'abandon sur 100 km, et la plus sous-estimée. Une ampoule percée au 60e kilomètre modifie ta foulée, la foulée modifiée déclenche une tendinite, la tendinite te sort de la course. Le format en boucles est un cadeau : tu repasses quatre fois à la base vie. Deux paires de chaussures, dont une d'une demi-pointure au-dessus pour la nuit quand le pied gonfle, et trois paires de chaussettes changées à chaque passage.
3. La lucidité entre 1h et 5h du matin
La baisse est réelle : temps de réaction, coordination, jugement. Sur les boucles de nuit, ralentis volontairement de 10 à 15 %, mange chaud, marche toutes les montées sans discuter. Et surtout, la règle qui sauve le plus de courses : aucune décision d'abandon ne se prend sur le parcours à 3h du matin. Tu la reportes au prochain passage à la salle Eiffel.
4. Marcher vite, et l'assumer
L'erreur classique du routier qui bascule sur l'ultra, c'est de vouloir courir les montées. Sur la Boucle de Ouf tu grimpes 1 760 m : si tu les cours, tu crames ton glycogène avant la nuit et tu finiras à pied de toute façon, en beaucoup plus lent. La marche rapide en côte n'est pas un aveu de faiblesse, c'est une technique qui s'entraîne : 5 à 6 km/h sur pente raide, mains sur les cuisses ou bâtons.
Le plan : 20 semaines sur les terrains dijonnais
Prérequis honnête : tu cours déjà 40 à 50 km par semaine depuis un an, et tu as terminé un trail de 40 km ou un marathon. Sinon, saute à la dernière partie.
Semaines 1 à 4 — base. 45 à 55 km/semaine, 800 à 1 000 m de D+, quatre sorties. Le canal de Bourgogne fait le boulot : halage plat et ombragé, des dizaines de kilomètres sans une intersection.
Semaines 5 à 10 — spécifique. 60 à 75 km/semaine, 1 500 à 2 000 m de D+, avec deux séances non négociables :
- Côtes à la Combe à la Serpent, qui figure justement sur le parcours : 10 à 12 fois 2 minutes en montée, en alternant course et marche rapide, récupération en descente contrôlée.
- Rando-course sur la côte viticole, vers Fixin ou Marsannay-la-Côte que la course traverse : 3h30 à 4h30, sac chargé à 3 kg, allure conversation, test nutrition intégral.
Semaines 11 à 16 — charge. 80 à 95 km/semaine, 2 000 à 2 500 m de D+, avec un back-to-back un week-end sur deux : samedi 3h et 1 000 m de D+, dimanche 2h sur jambes fatiguées. Rien ne simule mieux la troisième boucle.
Semaines 17 et 18 — pic. Un week-end à 55-60 km cumulés et 2 000 m de D+, dont une sortie de nuit à la frontale avec le matériel exact de la course. Puis semaines 19 et 20 — affûtage : moins 40 % puis moins 60 % de volume, intensité conservée.
Et sur toute la durée, deux séances de renforcement par semaine, 35 minutes : fentes marchées lestées, step-ups, mollets en excentrique, gainage. Ce sont elles qui protègent tes quadriceps sur les 4 000 m de descente, et c'est le premier truc que les coureurs sautent en solo.

Le matériel obligatoire n'est pas décoratif
Le règlement 2026 impose : sac ou gilet de trail, sifflet, réserve d'eau d'au moins 1 litre, gobelet personnel (aucun n'est fourni aux ravitaillements), de quoi manger pour la boucle en cours, lampe frontale chargée plus une batterie supplémentaire dès le départ de la deuxième boucle, veste imperméable, couverture de survie 160 × 210 cm, téléphone chargé avec le numéro de l'organisation dedans. Contrôle possible à tout moment : matériel manquant, disqualification.
Côté administratif : épreuve ouverte aux personnes nées en 2007 ou avant, licenciées ou non, avec PPS (Parcours Prévention Santé, sur pps.athle.fr) ou licence FFA à la place du certificat médical. Tarifs relevés en août 2026 : 95 € en solo, 145 € pour le relais. Seul l'organisateur fait foi : vérifie sur dijonsingletrack.fr.
L'assistance est un luxe sur ce format : ta caisse reste à la salle Eiffel et tu la retrouves quatre fois, avec zone de repos dédiée aux solos. Mais le ravitaillement extérieur hors zones prévues est formellement interdit.
Prépare ta caisse boucle par boucle, jamais en vrac. Un sac étiqueté « B2 », « B3 », « B4 », avec les chaussettes, la nourriture et les piles de cette boucle-là. À 2h du matin, tu n'es plus capable de fouiller.
Si tu n'as jamais fait de trail, voilà ton vrai plan
Tu ne vises pas le Mont'Af cette année. Tu vises une saison de construction, et le Mont'Af en 2027 ou 2028. L'itinéraire que je fais suivre à mes coureurs :
- Dans les six prochains mois : un trail de 13 à 20 km. Le Trail de la Chouette, organisé par le Dijon Triathlon, propose quatre distances d'environ 13, 20, 28 et 42 km — et il y a d'autres options dans le calendrier des courses dijonnaises.
- L'hiver suivant : du volume tranquille et du renforcement. C'est là que se joue tout le reste.
- Le printemps : un trail de 25 à 30 km avec 1 000 m de D+.
- L'automne d'après : un 45-50 km. Là seulement, l'ultra devient une question de calendrier et non de survie.
Ça paraît lent ? C'est infiniment plus rapide qu'une fracture de fatigue au 60e kilomètre.
Commence par connaître le terrain : les meilleurs parcours de course à pied à Dijon et le programme trail découverte couvrent tes six premiers mois. Et si tu veux qu'on structure la suite, je construis des préparations trail sur mesure : 40 € la séance en présentiel, 320 € le pack de 10, ou 70 €/mois en coaching en ligne.
Le samedi 3 octobre à 10h00, jusqu'à 500 coureurs s'élanceront de la salle Eiffel. La vraie question n'est pas de savoir si tu peux courir 100 km, mais si tu peux manger toutes les 40 minutes pendant 20 heures, changer tes chaussettes à 3h du matin et marcher vite quand ton corps te hurle de t'asseoir.
Entraîne-toi à ça. Le reste suivra.



