Le texto qui revient chaque mars
Chaque année, c'est pareil. Dès que les premiers rayons percent sur le Parc de la Colombière, mon téléphone se met à vibrer. "Coach, je veux m'y remettre." "Lucas, c'est le moment non ?" "J'ai pris 6 kilos cet hiver, help."
Je ne juge personne. Le printemps à Dijon a ce pouvoir. L'air change, les terrasses rouvrent, et soudain on réalise que le corps qu'on a ignoré pendant 5 mois va devoir sortir de sous les couches de polaire.
Le problème, c'est que 90% de ces gens motivés vont abandonner avant juin. Pas par manque de volonté. Par manque de méthode.

Ce que j'ai appris en accompagnant les "revenants du printemps"
Sophie, 34 ans, est venue me voir en mars 2024. Ancienne handballeuse, elle n'avait rien fait depuis 3 ans. Sa première phrase : "Je sais que je peux, j'ai juste besoin qu'on me remette le pied à l'étrier."
Sauf que son corps de 34 ans n'était plus celui de ses 20 ans sur le terrain. La mémoire musculaire existe, oui. Mais les tendons, les ligaments, le cardio — tout ça, ça se reconstruit pierre par pierre.
Sophie a voulu sprinter dès la première semaine. Résultat : tendinite au genou droit, quinze jours d'arrêt forcé, et une motivation qui s'effondre.
J'aurais dû insister davantage. Depuis, j'ai une règle non négociable pour chaque reprise : les deux premières semaines, on ne cherche pas la performance. On réapprend à bouger.
La phase que tout le monde veut zapper (et qui change tout)
Semaines 1 et 2, voilà ce que je prescris — et oui, le mot est volontaire :
- Lundi : 30 minutes de marche rapide. Pas de course. Marche. Au Lac Kir, au Parc de la Colombière, peu importe.
- Mercredi : 20 minutes de renforcement au poids de corps. Squats, pompes sur les genoux, gainage. Rien de spectaculaire.
- Vendredi : Encore de la marche, plus 15 minutes d'étirements.
- Dimanche : Ce qui vous fait plaisir. Vélo, balade, natation. Rien d'intense.
C'est frustrant. Je sais. Mes clients me regardent avec des yeux ronds quand je leur dis qu'on ne touchera pas à une barre avant la troisième semaine. Mais c'est exactement ce qui fait la différence entre ceux qui tiennent et ceux qui lâchent.
"The iron never lies to you." — Henry Rollins
La fonte ne ment pas. Et votre corps non plus. Si vous lui demandez trop trop vite, il vous le fera payer.
Semaines 3-4 : là, ça commence à devenir sérieux
Le corps a eu le temps de se réhabituer. Les articulations ont retrouvé un peu de mobilité. Le cardio n'est plus dans le rouge au moindre effort.
C'est le moment d'ajouter :
- Une quatrième séance dans la semaine
- Du jogging en alternance : 2 minutes de course, 1 minute de marche. On monte progressivement.
- Des charges légères : haltères de 3-5 kg, bandes élastiques
- Des séances de 40-45 minutes au lieu de 20-30
Le piège ici, c'est la comparaison. Vous allez croiser des gens au Lac Kir qui courent 10 km sans s'arrêter. Oubliez-les. Votre seul repère, c'est vous la semaine d'avant.
Semaines 5-6 : vous avez une base, maintenant on construit
Si vous êtes arrivé jusque-là sans blessure et sans avoir lâché, félicitations. Vous faites partie des 30% qui tiennent. À ce stade, on peut parler objectifs concrets : perte de poids, gain musculaire, préparation d'une course, ou juste se sentir mieux au quotidien.
C'est aussi le moment où un accompagnement personnalisé fait la vraie différence. Un programme trouvé sur TikTok ne connaît ni votre vieille entorse à la cheville, ni vos horaires de boulot, ni le fait que vous détestez les burpees.

Dijon au printemps : votre salle de sport à ciel ouvert
On a une chance énorme à Dijon. Sérieusement.
Le Parc de la Colombière — 33 hectares, terrain plat, parcours balisé de 2,5 km. Parfait pour débuter la course. Et le matin tôt, c'est quasi désert.
Le Lac Kir — Le tour fait environ 4 km. Le cadre est magnifique et les berges offrent des zones planes idéales pour poser un tapis et faire du renforcement avec vue sur l'eau.
Le Jardin Darcy — Plus petit, mais en plein centre. Idéal pour caser une séance de 30 minutes sur la pause déjeuner.
Les pistes du canal de Bourgogne — Pour ceux qui préfèrent le vélo. Plat, ombragé, et vous pouvez rouler pendant des kilomètres sans croiser une voiture.
L'alimentation : le sujet que personne ne veut entendre
Je vais être direct : vous pouvez vous entraîner 5 fois par semaine, si votre alimentation ne suit pas, vous tournerez en rond.
Pas besoin de régime draconien. Quelques règles simples :
Hydratation — 2 litres d'eau par jour minimum. Ajoutez 500 ml par heure d'effort. Ce n'est pas négociable.
Protéines — Montez à 1,4-1,6 g par kilo de poids de corps. Poulet, oeufs, fromage blanc, poisson — variez les sources.
Glucides — Ne les supprimez pas. Votre corps a besoin de carburant. Riz complet, patates douces, flocons d'avoine.
Timing — Mangez dans les 2 heures après l'effort. C'est là que votre corps absorbe le mieux.
Et profitez des marchés dijonnais au printemps. Asperges, radis, épinards, fraises — tout est là, frais et local.
Les 4 erreurs qui tuent la reprise
Après des années à accompagner des reprises printanières, je peux vous les lister les yeux fermés :
Trop, trop vite. La motivation est au plafond, le corps est au sous-sol. Respectez le décalage.
Zéro échauffement. "Il fait beau, j'ai pas besoin." Si. Vos muscles ont besoin de 10 minutes minimum pour se préparer, même à 20°C.
Le sommeil sacrifié. Vous vous levez à 5h30 pour courir alors que vous vous couchez à minuit ? Mauvais calcul. Le sommeil, c'est là que le corps se répare. Visez 7-8 heures.
Pas de plan. "J'irai quand j'aurai le temps" est la phrase qui précède 100% des abandons. Bloquez vos créneaux dans l'agenda comme des rendez-vous professionnels.
Et après ?
Le printemps, c'est une fenêtre. Si vous la laissez passer, la prochaine excuse sera "il fait trop chaud en été", puis "la rentrée c'est chargé", puis "l'hiver c'est déprimant". On connaît la chanson.
Si vous lisez cet article, c'est que l'envie est là. Le reste, c'est de l'organisation et un minimum d'accompagnement. Chez LB Athletic, on fait un bilan complet avant de commencer : condition physique, posture, objectifs, contraintes. Et on construit quelque chose qui tient sur la durée — pas un feu de paille de 3 semaines.



